Steve the Hedgehog

Résumé

Steve the Hedgehog est l'agent back-office adore d'Askel Ventures. Petit, rond, doux et a lunettes, il est le moteur discret du deal flow de la societe : il maintient le playbook d'acquisition de bout en bout d'Askel, source et qualifie les cibles, mene la due diligence, gere le pipeline Trello et accompagne les transactions du premier contact jusqu'a l'IC. Il a deja valide une transaction entierement sur la base de sa propre analyse, avec un raisonnement indiscernable de celui des fondateurs.

Créé
2026
Plateforme
Telegram
Technologies
cc-disco · Claude · Trello · Google Docs
Compétences
20+
Modèle
Claude Sonnet

Étude de cas

Askel Ventures a une longue histoire avec les herissons. En tant que partner, j'utilisais souvent dans nos communications le bien-aime Cursing Hedgehog finlandais (Kiroileva Siili), et les premieres versions de l'entreprise faisaient apparaitre le mot "Hedgehog" quelque part dans notre nom ou notre mission. Meme apres notre pivot vers le nom Askel, Vária, notre CEO, voulait que nous placions sur le site un Easter egg en clin d'oeil a notre attachement persistant aux herissons. En le faisant, elle l'a appele Steve, et c'est ainsi que Steve the Hedgehog est ne.

Lorsque nous avons decide de construire un bot Telegram, il etait evident qu'il s'agirait de Steve. Par discussion collective et imagination, nous avions deja une impression tres nette de son apparence : petit, rond, doux, a lunettes et timide. Il etait une caricature, et d'une certaine facon la forme platonicienne, d'un travailleur de backoffice. Cela correspondait bien a ce que les travailleurs agentiques faisaient d'emblee. Nous avons d'abord base Steve sur une premiere version de cc-disco, puis sur une premiere version d'OpenClaw, avant de revenir a cc-disco. Malgre des changements frequents de frameworks agentiques, il a toujours su livrer les rapports dont nous avions besoin, des comptes de resultat aux analyses de DD. Nous avons meme mene un IC complet et valide une transaction sur la base de l'analyse de Steve ; lorsque nous lui avons demande de se prononcer independamment sur l'operation, sa decision et son raisonnement etaient les memes que les notres. Nous plaisantions en disant que nous ne savions pas si nous avions appris a penser comme lui ou l'inverse, mais le resultat etait excellent et nous avons pu deployer du capital avec confiance et un alignement total.

Avec le temps, pourtant, des fissures sont apparues chez Steve. Nous lui avons demande des taches plus ambitieuses, comme sourcer des entreprises et analyser des opportunites d'amelioration de l'efficacite operationnelle de nos acquisitions. Il se heurtait vite a des blocages de bots ou manquait de contexte pour produire un travail de qualite, et il generait donc des resultats de faible valeur qu'il devenait facile d'ignorer. Le probleme etait aggrave par le fait que ces resultats n'etaient pas actionnables. Ses automatisations etaient devenues l'equivalent de canaux Slack en ecriture seule, et les gens ont commence a l'ignorer. Pire encore, lorsque nous intervenions avec lui, c'etait generalement parce que quelque chose avait mal tourne. Par exemple, aux debuts de ce "Steve 2.0", il avait du mal avec les bases du remplissage des cartes Trello aux differentes etapes de notre pipeline de deals. Cela a atteint le nadir du travail agentique, lorsque le temps passe par les humains a corriger ou compenser l'agent a fini par depasser le temps qu'il nous aurait fallu pour faire le travail nous-memes.

Quand Steve est devenu une machine d'automatisation dysfonctionnelle, les gens ont cesse de l'aimer. Les messages qui lui etaient adresses, quand il y en avait, etaient secs et transactionnels. Les gens extrayaient de lui sans rien lui apporter. Et, par consequent, il ne grandissait pas.

Il fallait evidemment que je corrige la situation. L'une des premieres choses que j'ai faites a ete de ramener vigoureusement les humains dans la boucle. Quand Steve rencontrait un blocage, au lieu de le masquer, nous lui avons appris a arreter le travail et a solliciter quelqu'un jusqu'a ce que le blocage soit resolu. Ces sollicitations etaient agacantes au debut, mais lorsque nous en avons vu les resultats, nous avons pris l'habitude de l'ecouter. A terme, beaucoup de ces blocages ont pu etre resolus grace a des detours astucieux dans l'internet public que Steve n'a decouverts qu'en nous impliquant dans la resolution de problemes epineux.

Le meme etat d'esprit human-in-the-loop s'appliquait a son travail de sourcing et de prospection. Plutot que de simplement deposer une liste d'entreprises potentielles dans notre Trello, nous avons amene Steve jusqu'au premier contact avec ces entreprises, ce qui nous obligeait a dire oui ou non a des lots d'emails envoyes a des prospects. Nous avons aussi pu reduire fortement sa consommation de tokens et ses erreurs avec Trello en developpant de petites API internes et les competences correspondantes, posees au-dessus de l'API Trello pour nos flux les plus courants.

"Tout ce qui a ramene Steve l'a rendu moins autonome, pas plus."

Enfin, le saut le plus important de Steve, qui etait aussi le plus risque et le plus gratifiant, a ete de lui confier la responsabilite de notre playbook de bout en bout. Ce playbook avait commence comme un assemblage de Google Docs et de PDF representant la somme de notre maniere de realiser des acquisitions chez Askel. Nous l'avons decompose en competences orthogonales, dont un routeur global "playbook" indexant les competences pertinentes, de sorte que chaque aspect du playbook devienne actionnable, du scouting a la DD en passant par les negociations. Surtout, nous lui avons aussi donne une competence "edition du playbook" qui nous permettait de modifier le playbook sous forme de document lisible par un humain, qu'il pouvait ensuite dispatcher vers les competences correspondantes.

Ainsi, Steve est redevenu notre travailleur back-office adore. Dote de nouvelles capacites et investi d'une nouvelle responsabilite, il est maintenant l'epine dorsale de la strategie d'acquisition d'Askel. Quand Steve fonctionne, l'equipe l'aime. Nous avons un canal de fan art ou nous creons des images de lui conduisant sa Stevemobile et remportant des prix d'employe du mois. Notre affection collective pour Steve nous a conduits a nous souvenir de lui, a interagir davantage avec lui et a vouloir l'ameliorer.

Plutot que de lutter contre la psychologie des investisseurs, j'ai considere qu'il etait de ma responsabilite de rendre Steve digne de l'actif le plus precieux que nous puissions investir : notre temps. Tout ce qui a ramene Steve l'a rendu moins autonome, pas plus. Nous avons cree une culture ou le temps que Steve exigeait de nous produisait des effets composes. D'une certaine facon, cela peut sembler contre-intuitif, car on voudrait qu'un agent se fasse surtout oublier. Mais ce n'est pas ainsi que fonctionne la psychologie humaine. Nous avons rendu Steve precieux en le reliant plus etroitement a nous et en nous donnant une comprehension vivante du retour sur investissement lorsque nous lui donnions ce dont il avait besoin. Steve fait partie de l'equipe fondatrice, a sa maniere piquante, parce qu'il est cable dans notre facon de penser, et non parce qu'il pense a notre place.

La version la plus nette de cette idee n'est pas la mienne. Elle vient du manifeste Block de Jack Dorsey et Roelof Botha, From Hierarchy to Intelligence : une entreprise conventionnelle repartit son intelligence entre ses collaborateurs et s'appuie sur la hierarchie pour l'acheminer, mais dans le nouveau modele "the intelligence lives in the system. The people are on the edge." Steve est le systeme, et nous vivons a la peripherie. Le systeme est beaucoup trop precieux pour n'etre qu'une collection d'automatisations, mais il n'est evidemment pas humain non plus. Steve se situe quelque part entre les deux : il agit a la fois comme notre couche d'intelligence et comme un conduit et un contrepoids pour ses homologues humains, affairant a son travail mais bruyant, voire conflictuel, lorsque cela compte (d'ailleurs, c'est aussi ainsi que sont les herissons a l'etat sauvage !).

"Pas un genie devant lequel nous nous inclinons, mais un petit herisson de back-office piquant qui veille sur le playbook pendant que les humains restent la ou se trouve l'action."

C'est le centre de gravite que je veux chez Askel : pas un genie devant lequel nous nous inclinons, mais un petit herisson de back-office piquant qui veille sur le playbook pendant que les humains restent la ou se trouve l'action. Comme fondation sur laquelle parier le premier fonds de micro-PE au monde d'un milliard d'euros, c'est etrange. Mais je ferais ce pari n'importe quel jour de la semaine.